Qu’est-ce qui fait un bon parent ?

Un enfant de trois ans fait une colère au supermarché. Le parent hésite entre céder pour avoir la paix et tenir sa position devant les regards des autres clients. Ce genre de micro-situation, répétée des dizaines de fois par semaine, façonne la parentalité bien plus que n’importe quel grand principe éducatif. Être un bon parent ne se joue pas dans les livres, mais dans ces arbitrages quotidiens où on décide, souvent fatigué, ce qu’on accepte et ce qu’on refuse.

Gérer les écrans : le terrain où la parentalité se teste aujourd’hui

Avant de parler d’écoute ou de bienveillance, regardons la contrainte la plus concrète à laquelle les parents font face en ce moment. L’arrêté français du 27 juin 2025 a interdit l’exposition aux écrans des moins de 3 ans dans les modes d’accueil collectifs et individuels. Ce qui était une recommandation est devenu une obligation légale.

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À la maison, cette règle ne s’applique pas directement. On se retrouve donc dans une situation paradoxale : la crèche interdit les écrans, mais le parent doit gérer seul le même sujet chez lui. La gestion des écrans est devenue une préoccupation éducative centrale, selon Santé publique France, qui préconise de compléter les efforts familiaux par la régulation des plateformes et l’éducation aux médias.

Un point souvent négligé concerne notre propre usage du téléphone. Santé publique France décrit un phénomène appelé « technoférence » : les écrans interrompent les échanges entre parent et enfant, même quand on ne les met pas directement devant un dessin animé. Consulter ses notifications pendant le repas ou le jeu crée des micro-coupures dans l’attention. L’usage supervisé n’a pas les mêmes effets qu’une interaction parentale constamment interrompue.

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Père aidant son fils à dessiner à la table de cuisine, illustrant l'implication parentale au quotidien

Poser un cadre sans écraser : le dosage au quotidien

Un bon parent fixe des limites. Mais la vraie difficulté n’est pas de poser une règle, c’est de la tenir dans la durée sans basculer dans l’autoritarisme ou l’abandon. En pratique, on négocie en permanence.

Prenons le coucher. On annonce « au lit à 20 h 30 », l’enfant demande un verre d’eau, puis une histoire supplémentaire, puis un câlin. Si on cède chaque soir, la règle disparaît. Si on refuse tout échange, on coupe le lien. Le cadre tient quand il laisse une marge de manœuvre prévisible : une histoire oui, mais une seule ; un câlin au lit, mais on ne se relève pas.

Ce dosage varie selon l’âge de l’enfant et son tempérament, ce qui rend toute recette universelle peu fiable. Un enfant anxieux aura besoin de plus de réassurance au coucher qu’un enfant qui s’endort facilement. La constance porte sur le principe (on reste au lit), pas sur la forme exacte du rituel.

Dire non sans culpabiliser

La culpabilité parentale est alimentée par une surcharge d’injonctions contradictoires : être présent mais pas envahissant, stimuler mais ne pas sur-solliciter, laisser de l’autonomie mais surveiller. On ne peut pas tout faire bien en même temps.

Un repère utile : l’enfant a besoin de savoir que le « non » du parent est fiable. Si « non » signifie parfois « oui » après dix minutes d’insistance, le message devient illisible. La cohérence, même imparfaite, construit davantage la sécurité affective que la permissivité motivée par la fatigue.

Répartition de la charge parentale : ce que « bon parent » veut dire à deux

Quand on parle de parentalité, on pense souvent à un parent face à son enfant. La réalité, dans un couple, c’est aussi la façon dont les tâches se répartissent. Une tendance récente consiste à considérer comme équitable le fait que chaque parent prenne en charge un domaine complet, organisation comprise, plutôt que d’attendre des consignes de l’autre.

Concrètement, cela signifie que le parent qui gère les rendez-vous médicaux ne se contente pas d’emmener l’enfant chez le médecin. Il prend aussi le rendez-vous, vérifie le carnet de santé, anticipe les rappels de vaccins. L’autre parent fait de même sur un autre périmètre (repas, école, activités).

Cette approche change la donne parce qu’elle supprime la « charge mentale invisible » : celle de devoir penser à tout pour ensuite déléguer l’exécution. Un bon parent, dans un couple, est aussi celui qui ne fait pas reposer toute l’organisation sur l’autre.

  • Gérer un domaine de A à Z (prise de décision, logistique, suivi) plutôt que d’exécuter des consignes ponctuelles
  • Réévaluer la répartition régulièrement, parce que les besoins de l’enfant changent avec l’âge
  • Accepter que l’autre parent fasse différemment sans corriger systématiquement sa méthode

Couple de parents assis sur un banc de parc, veillant sur leurs enfants qui jouent, symbole de la parentalité bienveillante

Parent suffisamment bon : pourquoi viser la perfection dessert l’enfant

Le concept de « parent suffisamment bon », issu des travaux du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, reste l’un des repères les plus solides en parentalité. L’idée est simple : un enfant n’a pas besoin d’un parent parfait. Il a besoin d’un parent qui répond à ses besoins de façon globalement fiable, tout en étant parfois défaillant.

Cette défaillance mesurée est même utile. Quand on ne répond pas instantanément à chaque demande, l’enfant apprend progressivement à tolérer la frustration. Un parent qui s’adapte sans anticiper chaque désir laisse à l’enfant l’espace de développer ses propres ressources.

Trois marqueurs concrets d’une parentalité qui fonctionne

  • L’enfant ose exprimer ses émotions négatives (colère, tristesse, peur) devant le parent, signe qu’il se sent en sécurité affective
  • L’enfant accepte les limites après un temps de protestation raisonnable, ce qui montre que le cadre est intégré
  • L’enfant explore son environnement (jeu libre, interactions sociales) sans vérifier constamment la présence du parent, indicateur d’un attachement sécure

Ces marqueurs ne se vérifient pas chaque jour. Il y a des phases de régression, des périodes de fatigue, des contextes difficiles (déménagement, séparation, naissance d’un autre enfant). La qualité de la parentalité se mesure sur la durée, pas sur une journée.

Un bon parent n’est pas celui qui ne crie jamais, qui propose des activités Montessori chaque mercredi ou qui cuisine bio tous les soirs. C’est celui qui, la plupart du temps, offre une présence attentive, un cadre lisible et la capacité de réparer quand les choses dérapent. Le reste, c’est du décor.